L'amoureux tond la pelouse.
Je suis dans le jardin, en robe à fleurs, étendue sur le bout de pierre chaude.
A coté de moi, le tas d'herbes mortes grandit : l'amoureux vient régulièrement y déverser le ventre de sa tondeuse.
Le tas grandit, je n'ose pas lui demander de le mettre plus loin.
Plus loin, avant que je finisse ensevelie par le tas, avalée et asphyxiée par son odeur âcre.
Si l'amoureux m'oublie je suis foutue.
(je vais peut-être mourir sous de l'herbe sale un dimanche d'Avril)
Alors que j'aurai pu passer cette prochaine année à bosser quarante heures par semaine pour un emploi rémunérateur mais éthique (assez en tout cas pour me donner une bonne conscience en rentrant chez moi).
Avoir donc l'illusion de sauver la planète et utiliser sans complexe 50% de mon salaire pour m'acheter des meubles Ikea et des bottes de grandes marques.
Sans oublier de vivre dans un 50m2 parisien pas assez chauffé, avec un chat fou et des colocs qui changent à intervalle régulier.
Et penser à penser à changer l'ampoule de la cuisine.
Ou penser à caresser la possibilité d'avoir des relations amicales voir sexuelles, avec le coloc quand la fin du bail se rapprocherait ; ou penser à ma nouvelle paire de bottes.
Et je pourrai dramatiquement être privée de vacances parce que les volcans islandais ficheraient par terre mes deux semaines de trekking au Congo.
N'avoir plus comme solution que d'aller marcher toute la nuit le long du canal saint-martin en espérant pouvoir y trouver quelque chose.
Donc je préfère risquer de périr pieds nus, sous une avalanche d'herbe sale.
(on appelle ça l'élégance féline je crois)
Lili


